L’État minimal et les anarchistes

Le point de vue adopté sur ce site est celui d’un libertarianisme prônant un État limité s’occupant de la justice de façon à protéger les droits des individus. Mais les libéraux et libertariens ont parfois un point de vue différent sur le rôle de l’État. Nous présentons ici les variantes, et expliquons aussi en quoi cela diffère des anarchistes de gauche.

L’État minimal

L’État minimal est l’État dont le rôle est de rendre la justice. C’est-à-dire que lorsque deux individus ont un conflit, un tribunal géré par l’État tranche la question. On peut imaginer une vision plus libre où plusieurs tribunaux privés existeraient, mais se référeraient en définitive, en cas de désaccord, à un arbitre : la justice de l’État.

Les partisans de l’État minimal pensent que l’on ne peut pas supprimer ce rôle de l’État, et qu’il définit le cadre dans lequel toutes les activités libres peuvent avoir lieu. Ils voient l’État comme la décision de renoncer à rendre la justice soi-même, parce que l’absence d’organisation rendant la justice conduirait à des vengeances sans fin. Frédéric Bastiat résume cela par la phrase « La Loi, c’est la force commune organisée pour faire obstacle à l’Injustice. »

Ce point de vue est présenté par exemple par Frédéric Bastiat dans La loi, et par Robert Nozick dans Anarchie, État et utopie.

Les libertariens anarchistes

Certains libertariens pensent que même cet État réduit est déjà trop important et viole les droits des individus. Ils prônent l’absence totale d’État et sont par conséquent anarchistes. Pour eux, les individus ont le droit de rendre la justice par eux-mêmes, mais ont intérêt à déléguer ces droits à des associations protectrices. Ces associations protectrices seraient des entreprises ou des associations chargées de rendre la justice, avec lesquelles les individus s’inscriraient comme à une assurance.

Lorsque deux individus ont un différent qui doit se régler devant la justice, deux possibilités se présentent. Soit ils sont inscrits à la même association protectrice, qui s’occupe alors du procès, soit ils font partie d’associations protectrices différentes, dont on imagine qu’elles négocieront alors la procédure à suivre (une des deux gère le procès, ou on le délègue à un tiers, etc.).

Il faut bien voir que comme il n’y a pas d’État, il n’y a pas de système de lois centralisé, chaque association protectrice a donc son propre droit, ou plutôt sa propre interprétation du droit naturel (c’est à dire des droits universels de vie, liberté et propriété). A priori une association protectrice pourrait défendre un « mauvais » système de lois (si elle est esclavagiste par exemple), mais les libertariens anarchistes imaginent alors que les gens refuseraient de contracter avec elle, car ils refuseraient une association ne respectant pas le droit naturel.

Les partisans de ce système l’appellent parfois anarcho-capitalisme pour le différencier des anarchistes de gauche (voir plus bas). Ce point de vue est présenté par exemple par Murray Rothbard dans l’Éthique de la liberté ou par David Friedman dans Vers une société sans État.

Les libéraux modérés

Inversement, certains libéraux ou libertariens sont partisans d’un État s’occupant d’un peu plus que la justice. Leur point commun est d’être néanmoins en faveur d’un État beaucoup plus restreint que les États existants, et leur État serait donc bien plus proche de l’État minimal que de l’État actuel.

Les fonctions supplémentaires accordées à l’État peuvent être par exemple :

  • une allocation pour l’éducation des enfants (mais dans le cadre d’un système d’écoles privées)
  • une allocation pour ceux qui n’ont aucun revenu (ie. comme le RMI)
  • une obligation d’avoir certaines assurances, par exemple assurance maladie (mais assurances non gérées par l’État contrairement à la sécurité sociale actuelle)
  • la gestion de la monnaie
  • la gestion des infrastructures comme les routes

Les anarchistes non libertariens

Ceux qu’on appelle les « anarchistes » tout court ne sont souvent pas des libertariens mais par exemple des anarcho-syndicalistes.  Ils imaginent une collectivisation des entreprises qui seraient gérées par les travailleurs. La grande différence avec les libertariens et qu’ils ne reconnaissent pas le droit de propriété (du moins en ce qui concerne les moyens de production), et les actions qu’ils proposent sont donc interdites dans le droit libertarien pour lequel elles consistent à s’emparer violemment de la propriété d’autrui et sont donc un vol.

En fait, le libertarianisme en tant que tel n’est pas incompatible avec l’idée d’entreprises autogérées par les travailleurs, du moment que ces derniers ne s’emparent pas violemment des entreprises existantes. Mais on peut imaginer qu’ils créent leurs propres entreprises autogérées ou les achètent aux propriétaires existants (ie. achètent toutes les actions). Dans un monde libertarien, on peut donc très bien avoir à la fois des entreprises fonctionnant selon le modèle capitaliste (actionnaires / patron / salariés) ou selon le modèle autogéré (les salariés sont eux-mêmes les propriétaires de l’entreprise).

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12 commentaires pour L’État minimal et les anarchistes

  1. Ping : L’Éducation | Libertarianisme.fr

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  10. En-akor dit :

    Je ne sais pas ou poster ma question , mais j’aimerais connaitre le point de vue Libertarien sur la démocratie Athénienne..Veuillez m’éxcusés si l’endroit , n’est pas approprié.merci

    • mitsukipink dit :

      Il n’y a pas d’endroit inapproprié. Si vous avez un compte facebook n’hésitez pas à nous poser des questions sur la page, nous y répondrons (https://www.facebook.com/libertarianisme.fr?fref=ts)

      Déjà, je considère qu’une démocratie où les esclaves et les femmes ne peuvent pas voter, et où il faut faire un service militaire pour pouvoir voter est un peu juste-juste.

      Ensuite les lois sur les peines applicables devant la loi qui n’étaient pas égales entre tous, la non-liberté d’acheter des bien fonciers si l’on n’étaient pas athéniens sont évidement inacceptables d’un point de vue libertarien.
      Ensuite, le système d’impôt et d’extorsion des riches qui existait déjà à l’époque, l’obligation de faire la guerre s’il le fallait,

      Pour le reste je ne connais pas grand chose de cette démocratie, si ce n’est qu’une démocratie est toujours synonyme d’extorsion des riches, d’écrasement de la majorité sur la minorité, et d’inégalités, et est donc inacceptable d’une point de vue libertarien.

      J’espère vous avoir répondu.

  11. Lame dit :

    Je ne suis pas libertarien mais je m’intéresse aux théories libertariens, notamment en matière de gouvernement. Il y a de courants parmi les libertariens et ils ne sont pas tous d’accord sur tout.

    Athènes fut une démocratie directe masculine municipale à partir des réformes de Périclès (-451 avJC) jusqu’à l’institution du droit de veto des nomothêtes sur les décision de l’Ecclesia (-411 avJC). Ce n’est pas un modèle de gouvernement pour l’humanité d’aujourd’hui. C’est simplement l’un des exemples démontrant que les plébéiens sont capables de se gouverner eux-même, quoiqu’en disent les « professionnels » de la politique.

    Athènes pratiquait l’esclavage comme la majorité des Etats de cette époque. Est-ce que l’esclavage doit pour autant être considéré comme une condition de la démocratie directe municipale? Est-ce que tous les libertariens de tout courant désapprouvent l’esclavage, même « volontaire »? Et puis, quels sont les mesures prévues par les différentes courants libertariens pour lutter la traite d’esclaves « non volontaires »? Je pense plus particulièrement aux courants qui militent pour l’institution d’un « Etat contrôleur » ou d’une anarcapie.

    Athènes ne donnait pas le droit de vote aux esclaves qui étaient en majorité des ennemis des Athéniens, certains étant des envahisseurs vaincus. Qui donnerait le droit de vote à celui qui souhaite sa mort? Moi: En tant que Français de couleur, je reconnais à tout autre Français le droit de vote, y compris à certains suprématistes blancs qui rêvent d’exterminer les Européens de couleur. Je comprend que tout le monde ne soit pas prêt à prendre autant de risque que moi pour promouvoir le démocratie.

    A la différence de certaines tribus celtes par exemple, Athènes ne reconnaissaient aucun droit politique aux femmes. Est-ce que la démocratie masculine permet de remettre en cause l’opportunité de la democratie directe reconnaissance le droit de vote des individus de tout sexe, intersexués conpris? Qu’est-ce qui aurait améliorer la condition des Athéniennes: le minarchisme, l’anarcapie ou la reconnaissance de leurs droits civiques? Qu’auraient-elles choisies si elles en avaient eu la possibilité?

    Pour conclure, Athènes ne donnait pas de droits politiques aux étrangers. Ben oui, Athènes était une démocratie directe masculine, pas une sociocratie directe masculine. On se rappellera que tous les libertariens ne sont pas partisans de la démocratie dès lors qu’elle permet à la majorité de limiter poser des bornes à leurs libertés économiques et leurs droit de propriétés. Dans le même ordre d’idée, tous les libertariens ne sont pas non plus partisans des référendums d’initiative populaire qui les exposent à « certains dérives ».

    La démocratie est toujours un régime d’extorsion des riches pour certains libertariens. Des libertariens qui vont à la fois critiquer les inégalités de la démocratie athénienne et contester aux hommes et aux femmes de prendre des mesures d’intérêt général par référendum. Rappelons que les démocrates athéniens n’ont pas créé un Etat parfait mais qu’ils ont réussi à faire abolir l’asservissement des citoyens pour dette, à priver les riches d’un certains nombres de monopoles et à conduire des réformes agraires.

    Je préfère un Etat qui tend vers le maximum de démocratie possible, comme la Californie, l’Urugay ou le Canton de Genêve, plutôt qu’un régime qui octroie des droits excessifs aux riches aux détriment des libertés et du droit de propriété des masses.

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