Le capitalisme

johnny_automatic_bag_of_moneyLe libéralisme et le capitalisme sont-ils la même chose ? Ou l’un est-il une version plus forte de l’autre ? Nous verrons qu’il s’agit de deux choses différentes mais qui sont malgré tout liées d’une certaine manière.

Le libéralisme

Rappelons que le libéralisme c’est le respect des droits fondamentaux : la vie, la liberté et la propriété. L’histoire que nous allons présenter se situe dans ce cadre et suppose que la propriété est parfaitement respectée.

Le capital

Reprenons l’histoire de nos chers naufragés sur une île déserte où on peut trouver des bananes pour se nourrir. L’un d’entre eux a l’idée de fabriquer une machine pour cueillir les bananes, qui permettra de ramasser beaucoup plus de bananes avec le même temps de travail. Cette machine est en économie ce qu’on appelle un capital. Seulement voilà, pour construire sa machine il lui faudra plusieurs mois, et il ne pourra pas en même temps continuer à ramasser des bananes se nourrir.

Alors va parler aux villageois et leur propose de lui donner des bananes le temps qu’il construise sa machine, et lorsqu’elle sera construite, il espère pouvoir récolter facilement beaucoup de bananes et ainsi rembourser sa dette. Bien sûr, ceux qui acceptent de lui donner des bananes doivent pour cela les acheter en échangeant par exemple du bois dont ils ont constitué une réserve. Avant que notre inventeur les rembourse, ils n’auront plus ce bois à leur disposition s’ils veulent l’échanger contre autre chose, c’est pourquoi ils acceptent seulement à condition que le remboursement soit un peu plus élevé. C’est le prêt avec intérêt.

Les actions

Le problème de notre inventeur, c’est qu’il n’est pas sûr de son coup à 100%. Peut-être qu’il n’arrivera pas à faire marcher sa machine, peut-être qu’elle ne sera pas aussi efficace que prévu, et dans ce cas il sera endetté jusqu’à la fin de ses jours. Il propose alors aux villageois d’avoir une part des bénéfices qu’il fera avec sa machine, mais si elle ne marche pas par contre, ils ne récupéreront jamais les bananes qu’ils ont donné à l’inventeur au départ. Ce que ces villageois ont alors acheté, c’est une action dans la machine à cueillir des bananes, c’est à dire le droit aux bénéfices qu’elle permettra.

Maintenant, après plusieurs mois, la machine est presque terminée et il ne fait plus aucune doute que ce sera un succès. Un des villageois, appelons-le Antoine, regrette néanmoins  d’avoir investi ses bananes, car il voudrait les échanger contre du bois pour agrandir sa maison. Heureusement Bernard regrette au contraire de ne pas avoir investi dans la machine. Il propose donc à Antoine de lui donner le nombre de bananes qu’il a donné à l’inventeur au départ, en échange des bénéfices futurs de la machine (les actions). Mais Antoine s’écrit « Pas si vite ! C’est facile pour toi maintenant qu’on sait que la machine va marcher. Moi je n’en savais rien et j’ai pris bien plus de risques. Alors que toi tu es sûr d’avoir des bénéfices. Je te vends mon action dans la machine pour plus que les bananes que j’ai investies au départ ». Bernard accepte alors l’accord et a ainsi acheté l’action plus chère qu’Antoine. En faisant cela, ils ont inventé le marché financier.

Dans notre histoire, certains individus ont inventé, d’autres ont travaillé et d’autres ont fourni le capital de départ. Ce sont ces derniers qui sont les vrais propriétaires de la machine créé qui est le capital. Ce sont les actionnaires et le fait qu’il soient des individus différents des premiers (inventeurs et cueilleurs de bananes), c’est cela le capitalisme.

La propriété collective par les travailleurs

En inventant le capitalisme, ils n’ont violé aucun droit de personne car ils ont conclu uniquement des accords volontaires. Mais s’ils avaient été convaincu que le capitalisme est une mauvaise chose et qu’il faut que « les moyens de production appartiennent aux travailleurs » ils auraient pu à la place décider de former une coopérative de cueilleurs de bananes, et de mettre leur capital en commun (des bananes pour se nourrir le temps de construire la machine), et ensuite utiliser la machine pour vendre beaucoup de bananes et se partager les bénéfices.

Cela ressemble assez à la situation précédente si on considère que dans ce cas particulier les travailleurs sont les mêmes que les actionnaires. Il n’y a rien qui interdit un tel mode d’organisation a priori. Il est parfaitement acceptable d’un point de vue libertarien car là encore il ne viole les droits de personne, à condition que chacun soit libre de créer une entreprise selon le modèle de son choix. La raison qui fait que le premier mode d’organisation est plus souvent utilisé dans la réalité est que les gens n’ont généralement pas forcément envie d’être actionnaires (et de prendre les risques associés) et employés dans la même entreprise (ou n’ont pas envie d’être actionnaires du tout).

Conclusion

Le rapport entre libertarianisme (ou le libéralisme) et capitalisme est donc le suivant :

  • Le libertarianisme n’impose pas a priori le capitalisme. Les individus peuvent créer une entreprises avec un mode d’organisation différent. Les droits de propriétés sont simplement protégés. Notons quand même que certains appellent capitalisme la propriété elle-même, et que dans ce cas en effet le libéralisme et le capitalisme sont alors la même chose, ie. le respect de la propriété.
  • Par contre chacun doit avoir le choix de créer son entreprise selon le modèle de son choix, et il n’est pas question que l’État impose une collectivisation forcée comme dans les États socialistes. Le capitalisme est donc en quelque sorte autorisé (du fait du respect des droits naturels).
  • En pratique, on observe (dans les économies occidentales par exemple) que quand on laisse la liberté à chacun de passer des contrats librement, le mode d’organisation capitaliste avec des actionnaires apparaît très souvent, c’est-à-dire qu’il est choisi volontairement par les individus.

On peut donc défendre le capitalisme avec deux types d’arguments :

  • C’est ce que les individus ont choisi de faire avec leurs droits de propriété légitimes. Le capitalisme est donc vu comme légitime (l’État ne doit pas l’empêcher) car il est basé sur le respect des droits de propriété. C’est l’argument basé sur le respect de la liberté de chacun.
  • Les qualités du système lui-même qui a permis d’améliorer les conditions de vie d’une grande partie de l’humanité. C’est un argument d’efficacité (qui peut être très convainquant) mais qui n’est pas en tant que tel une justification éthique basée sur les droits.
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4 commentaires pour Le capitalisme

  1. Ping : Le marché libre | Libertarianisme.fr

  2. Ping : À quoi sert la science économique ? | Libertarianisme.fr

  3. Ping : L’allocation universelle | Libertarianisme.fr

  4. Lame dit :

    Le capitalisme est pour moi la caractéristique de tout système économique qui admet la titrisation des capitaux et l’entrepreneuriat privé. Ce n’est donc pas un système et l’économie libérale de marché n’est qu’une forme d’économie capitaliste parmi d’autre.

    Si, comme l’auteur, on définit le libéralisme comme la défense de la vie, des libertés et de la propriété, il faut le distinguer du libéralisme économique ou ultralibéralisme. L’ultralibéralisme, c’est la défense des libertés des patrons ou des actionnaires sans souci pour les droits des masses et de l’intérêt général. L’ultralibéralisme n’est aucunement compatible avec le droit à la vie, aux libertés et à la propriété des salariés, des ouvriers, des agriculteurs, des petits entrepreneurs.

    L’ultralibéralisme est au libéralisme dont on parle ici ce que le salafisme-jihadisme est au sunnisme et la minorité qui en bénéficie sur le moment s’empressent de réclamer l’intervention de l’Etat dès qu’elle risque subir les conséquences des principes qu’elle défend par lobbying.

    Il faut donc éviter d’incriminer le capitalisme dans tous les injustices et déséquilibres générés par l’économie libérale de marché. Le capitalisme social des pays scandinaves démontrent que ce sont d’autres caractéristiques qu’il faut mettre en cause: libre-dumping, court-termisme, précarisation, privatisation sauvage, usure, obsolescence programmée, etc… Le capitalisme ne cause pas de problème quand on ne confond pas la libéralisation de la création d’entreprise avec la dérégulation de l’activité économique ou des relations contractuelles.

    Réciproquement, il faut reconnaître que les droits dont on parle plus haut ne sont pas des droits naturels mais le résultat d’un effort collectif pour les garantir. Si le but d’une nation est la garantie de la survie et du bien-être de ses citoyens, le capitalisme est utile mais ne suffit pas. Un Etat eudémonique et des bonnes stratégies sont également nécessaires d’où l’importance d’une éducation préparant à la réalité de son temps, d’une vraie démocratie et d’un débat public dynamique.

    La liberté des masses ne réside pas dans le chacun pour soi et le laisser-faire.

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