L’allocation universelle – problèmes pratiques

cadeauL’allocation universelle (appelée aussi « Revenu de Base Inconditionnel ») est l’idée selon laquelle tous les citoyens d’un pays devraient recevoir une allocation fixe (par exemple 500 €) quelque soit leur revenu. Cela remplacerait les allocations actuelles perçues par les gens qui n’ont pas de travail. Mais la différence avec la situation actuelle serait qu’au lieu de recevoir cette allocation quand on n’a pas de revenu, on la recevrait dans tous les cas.

J’ai déjà expliqué dans un article précédent les raisons de mon opposition morale à cette idée, mais je vais ici détailler les raisons pratiques.

L’augmentation des impôts

Donner une allocation à toute la population, y compris à ceux qui n’en reçoivent pas actuellement, nécessitera une augmentation des impôts et taxes. L’argent des allocations versées par l’État ne vient pas de la hotte du Père Noël mais correspondra à une augmentation de taxes quelque part, d’une somme équivalente au minimum à celle des dépenses supplémentaires pour financer cette allocation.

Si vous êtes un lecteur canadien ou suisse, vous avez de la chance, votre pays n’a pas encore atteint un niveau de taxes catastrophiques qui gangrène l’économie de votre pays. En revanche, si vous êtes français ou belge, la dernière chose dont à besoin votre économie c’est une augmentation massive des impôts et taxes.

Des taux d’imposition plus élevées, c’est aussi une tentation plus grande de les éviter, donc cela entrainera plus d’évasion fiscale (fuite des riches/capitaux vers des pays avec moins de taxes), d’optimisation fiscale (astuces dans la manière de placer son argent pour éviter les taxes tout en restant dans la légalité) et de fraude fiscale. Pour compenser ces pertes, il faudra encore plus augmenter les impôts et taxes.

L’illusion fiscale

Un autre problème de l’allocation universelle est qu’elle va répandre l’idée selon laquelle nous sommes dépendants de l’État et non de notre travail pour vivre. En effet, avec cette allocation, même ceux qui travaillent auront l’impression qu’ils doivent en partie leur revenu à l’État. En réalité, les gens qui travaillent paieront plus en taxes pour financer l’allocation que l’allocation qu’ils reçoivent. C’est inévitable, car leurs impôts sont censés financer l’allocation pour eux ET ceux qui ne travaillent pas. Imaginons par exemple, que parmi la population recevant l’allocation (donc a priori tous les adultes citoyens du pays), il y en ait 50% qui payent l’impôt servant à la financer (ce n’est pas réaliste, c’est juste pour que le calcul soit simple à comprendre). Il faut donc qu’un citoyen imposable paye sa propre allocation et celle d’un autre citoyen non imposable. Donc en moyenne un citoyen imposable payera 1000 € d’impôt pour financer l’allocation.

Vous me direz « les gens qui travaillent comprendront bien qu’en fait ils perdent 500€ et donc ne sont pas vraiment assistés ». Ma réponse est que les gens sont malheureusement trop ignorants pour faire ce calcul. Vous pensez que non ? Prenons un exemple en France : si vous recevez des allocations familiales, vous connaissez sûrement leur montant exact. Mais savez combien vous PAYEZ pour les allocations familiales ? Peut-être faites-vous partie des travailleurs indépendants (minorité en France) qui font explicitement un chèque à l’URSSAF pour payer les allocations familiales. Mais si comme la majorité des Français vous êtes salarié, vous ignorez probablement combien vous coûtent les allocations familiales. Si vous recevez cette allocation, peut être en fait payez vous plus d’impôts pour la financer que ce que l’allocation vous rapporte en fait. Honnêtement, avez-vous déjà fait le calcul ?

Cet exemple montre qu’il y a une grande « illusion fiscale ». Quand on parle d’impôts, les gens ne savent pas ce qu’ils payent vraiment. Les politiques pourront donc facilement vous faire croire que vous ne payez pas beaucoup d’impôts pour financer l’allocation.

Vous voulez un autre exemple encore plus vicieux ? Les politiques pourraient décider de financer l’allocation par une augmentation des charges patronales. C’est l’illusion parfaite, vous faire croire que « ce sont les patrons qui payent ». Mais la réalité est tout autre : si les politiques décident d’augmenter de 100€ les cotisations patronales, ces 100 € peuvent en fait se répartir sur :

  1. les bénéfices des actionnaires et patrons qui vont baisser
  2. les prix des marchandises créées par les entreprises vont augmenter, vous allez donc payez la taxe quand vous achetez des produits
  3. une baisse des salaires

Les partisans des charges patronales essayent de vous faire croire les 100€ seront sur le cas 1 uniquement, donc avec aucune augmentation des prix et aucune diminution des salaires. Il est vrai qu’à court terme, le cas 3 ne peut pas jouer car les contrats sont déjà signés et on ne peut pas baisser les salaires des employés actuels. Et il est difficile d’augmenter les prix à cause de la concurrence des produits importés, qui eux n’ont pas eu à subir l’augmentation des charges patronales dans leurs pays. Donc à court terme, la perte sera peut être en grande partie pour les actionnaires. Mais à long terme, si les entreprises veulent attirer des capitaux, elles devront proposer des rémunérations des actionnaires « à la hauteur » donc ne pourront pas baisser indéfiniment la rémunération des actionnaires. Donc à long terme l’entreprise devra limiter l’augmentation du coût des sa main d’œuvre. Ce cout étant composé des charges patronales et des salaires, l’augmentation des charges patronales devra être compensée par une baisse des salaires. Notons qu’il n’y a pas besoin d’explicitement proposer des salaires plus bas « en nombre d’euros » mais il suffit d’augmenter moins vite que l’inflation.

C’est probablement à long terme en grande partie ce qui se passe, et sur les 100€ d’augmentation de charges, une grande partie pourrait finir par devenir une baisse de salaire. On pourrait donc avoir une répartition comme 70€ de perte de salaire par salarié, 20€ répartis sur l’augmentation des prix des produits et 10€ répartis en pertes sur les actionnaires. Mais le plus inquiétant est que je donne ces chiffres au hasard et que personne ne peut mesurer la répartition réelle ! Autrement dit, personne ne sait qui paye en quelle proportion les charges patronales ! En fait, le simple fait qu’on appelle ces taxes des « charges patronales » montre que le gouvernement vous prend pour des idiots et pense que vous allez vraiment croire qu’elles sont payées par les patrons. La très large majorité de la population y croit malheureusement. Si on crée une taxe sur les vaches, ce ne sont pas les vaches qui vont la payer.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour une belle proposition démagogique. Une allocation bien visible fiancée par des taxes bien cachées. « Vous aurez de l’argent gratuit, vous ne payez rien ! » Qui refuserait ?

La dangereuse pente

Cela nous amène au dernier danger, qui n’est qu’une conséquence de ce que j’ai expliqué précédemment. Si la population a l’illusion qu’elle ne paye pas la taxe finançant l’allocation (« ce sont ces salauds d’actionnaires qui payent ! »), elle votera pour qu’on augmente l’allocation de plus en plus. Plus elle augmentera, plus la somme obtenue sans travail augmentera, plus le « bonus » obtenu en travaillant sera faible (car amputé d’une somme de taxes toujours plus grande), moins il sera intéressant de travailler. Moins de personnes qui travaillent, c’est un nombre de gens à taxer plus faible, donc pour compenser il faudra encore augmenter les taxes, qui à leur tour découragement encore plus le travail. Ce cercle vicieux pourrait amener à l’effondrement total de l’économie.

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9 commentaires pour L’allocation universelle – problèmes pratiques

  1. poubelle dit :

    Ce revenu de base n’est qu’une partie d’un dispositif. Suppression de toute autre allocation, impots à payer par toute personne ( 12 à 15%). Tout le monde participa avec ses moyens.

  2. Jean-Pierre Desmoulins dit :

    Le revenu de base universel n’est réaliste que s’il remplace TOUS les autres transferts sociaux : RSA, allocation logement, transports ou repas de cantine à prix réduit, prise en charge des enfants en colonie, etc…

    C’est l’approche finlandaise, si j’en ai bien compris le principe. Enorme avantage : supprimer les formulaires de demande ainsi que les heures de travail pour vérifier ces formulaires et décider d’accorder ou pas l’aide. L’économie sur la suppression de l’usine à gaz redistributrice compenserait largement le coût de mise en place du revenu de base.

    Pour ceux qui payent l’impôt sur le revenu, pas de problème, ce revenu supplémentaire tombe dans la dernière tranche du barème : les hauts revenus en repayent donc une grosse partie sous forme d’impôt.

    Problème à ne pas passer sous silence ; quelle est la condition pour avoir droit à ce revenu ? Avoir ses quatre grands parents nés dans le pays, ou être immigré depuis plus de deux semaines ? L’attribution irréfléchie à des immigrés de fraiche date créerait un appel d’air impossible à contrôler pour les candidats à l’immigration depuis les pays qui n’ont pas notre niveau de vie !

    Les promoteurs de ce système, qui font pas mal de bruit dans les médias actuellement ou encore sur Internet, se gardent bien d’aborder dans leurs plaidoyers ces deux contraintes : suppression de toutes les autres aides et conditions restrictives pour les immigrés.

    Si on l’applique strictement, contrairement aux apparences, un tel système est ultra-libéral, au contraire du système actuel qui consiste à prendre les individus par la main et décider à leur place de ce qui est bon ou pas pour eux. Il a cependant un inconvénient majeur (ou avantage diront certains) : la responsabilisation des bénéficiaires. S’ils doivent faire le choix d’affecter ce revenu à la nourriture de leurs enfants ou à rouler en voiture plutôt qu’en vélo, il est certain que certains choisiront la seconde solution.

  3. alpha73 dit :

    Présentement, je ne suis pas favorable au revenu universel mais je tiens à signaler quelques points de désaccord avec vous.

    Un revenu universel engendrera-t-il une hausse des impôts? Les défenseurs répondront sans doute à juste titre que non. Pour certains cela s’explique par une fusion de toutes les allocations existantes (ce qui est critiquable) puisqu’en fait les individus ayant un revenu supérieur au RME ou RU (donc en théorie tous ceux qui ont un emploi rémunéré qu’il soit salarié ou indépendant) continueront de payer pour ceux qui n’ont pas d’emplois comme avant, leur revenu à eux ne sera pas augmenté. On peut se demander quel intérêt. ils répondront économie d’échelle (moins de bureaucratie), ce qui n’est pas faux non plus. D’autres vous diront qu’on peut ajuster le niveau du RME ou RU en fonction du revenu moyen, médian hors RME ou RU bien entendu. Moins de gens travailleront et donc paieront des impôts, moins le montant du revenu d’existence sera élevé, il y a une forme d’auto-régulation au moins en apparence. Cette contrainte me semble nécessaire car elle montre clairement que seul le travail (ou en tout cas le travail socialement reconnu, c’est à dire monétaire) crée de la valeur et donc permet de payer un revenu de base. Finalement, on s’aperçoit que seul le travail crée la valeur…

    Une autre manière de financer un revenu de base est la création monétaire. Dans ce cas aucun impôt supplémentaire. certains parleront d’inflation (impot déguisé) mais ce n’est même pas certain à condition que la création monétaire finançant le revenu de base et donc le montant de ce revenu soit indexé sur l’activité économique. On pourrait même imaginer que ce revenu de base soit « fondant » c’est à dire que s’il n’est pas dépensé et donc injecté dans le circuit économique au bout d’un certain temps disparaisse. La création monétaire du début serait ainsi compensée.

    https://www.contrepoints.org/2015/12/28/234032-revenu-de-base-quelle-demagogie

    • Pierre X dit :

      Le revenu de base va créer de l’inflation, quoi qu’il arrive ! Suffit juste qu’un gouvernement déclare vouloir voter un revenu universelle que la monnaie commence déjà à perdre de sa valeur.

  4. yoananda dit :

    La ou j’en suis dans ma réflexion personnelle, je n’ai pas vraiment tranché la question. Je pense qu’un pays intelligemment géré peut faire ce choix avec succès, ce qui exclue d’emblée la France.

    Dans l’argumentaire « pro-revenu-de-base » il y a un point intéressant que vous n’avez pas abordé. Je sais bien que dans le fond ce n’est qu’une illusion d’optique, mais l’idée serait de dire : nous nous dirigeons vers un monde de plus en plus automatisé, les machine produisant de plus en plus « seules » ce dont nous avons besoin, on va donc taxer le travail des machines (qui appartiennent au grand capital) pour mieux répartir leur production.

    Que répondre à cet argument ? Ne serait-il pas en partie vraie ?

    • Pierre X dit :

      Les machines n’appartiennent pas au grand capital dans un pays libre (aucune barrière législative à l’entrée, pas de propriété intellectuelle, taxation minimale, etc).

  5. Lame dit :

    Une allocation universelle est une allocation versée inconditionnellement et selon une certaine périodicité à tous les inscrits d’un registre de population.

    Une allocation universelle est définie par de nombreux paramètres, ce qui a donné lieu, à l’échelle de la planète et de l’histoire, à des milliers de projets d’allocations universelles différents, motivés par des objectifs différents. On peut les classer en trois familles: les impôts négatifs, les revenus minimums garantis (inconditionnels) et les dividendes sociaux. Autant dire que les critiques qui sont valables pour les unes ne le sont pas forcément pour les autres.

    En France, nous gagnerions à remplacer le RSA par un dividende social des résidants légaux, financé par une partie des recettes non contributives de l’Etat et par l’ensemble des recettes des prélèvements répressifs. On supprimerait ainsi les tracasseries administratives qui empêche la moitié des ayants droits de toucher le RSA. Le montant d’un dividende social correspond à un certain nombre de parts des recettes de la caisse d’allocation, ce qui exclut tout risque de déficit ou dépassement budgétaire. Il permet de redistribuer les recettes des prélèvements répressifs, ce qui empêcherait les dirigeants, des maires par exemples, de créer une multitude d’impôt déguisé en amende pour renflouer leur budget…tout en prétendant évenutellement avoir diminué les impôts.

    En outre, si l’on met en oeuvre un fond souverain en parallèle à l’institution de ce dividende social, il devient possible de supprimer les bons du trésor classique par des bons du trésor remboursable en actions du fond souverain: moins de risque déficit.

    Comme quoi, toutes les allocations universelles ne doivent pas être mises dans le même panier.

  6. Duchêne dit :

    Rigolo , tu crois que Mamadou ses trois femmes et ses 22 enfants payent des impôts ???

  7. Elgocho dit :

    Difficile à savoir, mais une chose est certaine, ils paieront ta retraite.

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